On croit souvent qu’écrire une autobiographie consiste à raconter sa vie.
En réalité, c’est surtout apprendre à choisir ce qu’on tait.
Très vite, on se rend compte que tout ne peut pas être dit.
Pas par pudeur seulement.
Mais parce que la mémoire est un territoire mouvant. Elle déforme, elle sélectionne, elle protège.
Écrire sur soi oblige à accepter cette part d’imprécision.
On ne restitue pas un passé tel qu’il a été.
On restitue un passé tel qu’il résonne aujourd’hui.
C’est là que le travail commence.
Quand j’écris un texte autobiographique, je ne cherche pas l’exhaustivité. Je cherche le point de bascule. Le moment où quelque chose s’est déplacé à l’intérieur. Une phrase entendue trop tôt. Un silence trop long. Une décision prise sans mesurer ses conséquences.
L’autobiographie n’est pas une chronologie.
C’est une cartographie émotionnelle.
On traverse des souvenirs, mais ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent : qu’est-ce que j’ai compris trop tard ? Qu’est-ce que j’ai transmis sans le vouloir ? Qu’est-ce que j’ai laissé derrière moi sans m’en rendre compte ?
Il y a aussi une violence particulière à écrire sur ses proches.
Parce qu’on n’est jamais seul dans une autobiographie.
On raconte sa vie, mais on touche forcément à celle des autres. On expose des fragilités, des manques, parfois des fautes. Il faut trouver une juste distance : ne pas édulcorer, sans accuser. Dire sans régler de comptes. Écrire sans chercher à avoir raison.
Ce n’est pas toujours confortable.
Très souvent, écrire sur soi oblige à regarder ses propres zones grises. Les compromis. Les renoncements. Les aveuglements. Ce que l’on a préféré ne pas voir à un moment donné.
Et c’est précisément là que l’écriture devient intéressante.
Pas quand elle cherche à embellir.
Quand elle accepte de rester dans l’inconfort.
Je crois que l’autobiographie n’a de sens que si elle dépasse le simple témoignage. Si elle touche à quelque chose d’universel. Si le lecteur peut s’y reconnaître, même sans partager la même histoire.
Sinon, ce n’est qu’un récit personnel.
Ce que je cherche, c’est autre chose : transformer une expérience intime en matière narrative, pour interroger ce qui nous relie tous — la famille, la mémoire, la transmission, les silences.
Écrire une autobiographie, ce n’est pas se raconter.
C’est tenter de comprendre.
Et accepter que certaines réponses resteront incomplètes.