Je ne crois pas beaucoup aux méthodes universelles.

On me demande parfois comment j’écris. Combien d’heures par jour. Si j’ai un plan. Si je construis mes personnages avant ou après l’intrigue.

La vérité est plus simple : je n’écris pas comme les autres.

Pas parce que je chercherais à me distinguer.
Mais parce que mon point de départ n’est pas le même.

Je ne pars pas d’un concept.
Je ne pars pas d’un genre.
Je ne pars pas d’un “pitch”.

Je pars presque toujours d’une situation humaine.

Quelqu’un face à un choix.
Quelqu’un qui se tait.
Quelqu’un qui croit protéger, mais qui transmet autre chose.

C’est à partir de là que l’histoire se construit.

Je n’écris pas en cherchant l’efficacité narrative immédiate. J’écris en cherchant la justesse émotionnelle. Le moment précis où un personnage bascule, souvent sans bruit.

Ce qui m’intéresse, ce sont les décisions invisibles.
Les renoncements discrets.
Les gestes minuscules qui finissent par avoir des conséquences énormes.

Je passe beaucoup de temps à écouter mes personnages avant de leur faire faire quoi que ce soit.

Je les regarde vivre.
Je les laisse se contredire.
Je les laisse se tromper.

Souvent, l’intrigue vient après.

Je sais que ce n’est pas la manière la plus rapide d’écrire.
Mais c’est la seule qui me permette d’être honnête.

Je travaille à partir du réel. De situations contemporaines. De vécus parfois très proches. Je cherche moins à raconter une histoire qu’à comprendre ce qui se joue sous la surface.

Ce qui circule entre les générations.
Ce qui s’installe dans les silences.
Ce que l’on transmet malgré soi.

Je n’aime pas les récits qui expliquent trop.
Je préfère laisser des espaces.
Faire confiance au spectateur, au lecteur.

Je crois que chacun porte déjà suffisamment de choses en lui pour compléter ce qui n’est pas dit.

Écrire comme ça demande d’accepter une certaine fragilité.

On avance sans filet.
On doute beaucoup.
On coupe.
On revient en arrière.

Mais c’est aussi ce qui permet, parfois, de toucher quelque chose de plus vrai.

Je n’écris pas comme les autres.

J’écris comme je peux.

À partir de ce que je comprends.
Et surtout, à partir de ce que je ne comprends pas encore.